123 articles - Dernière mise à jour le 3 décembre 2016

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81 contes médicaments  
 
"Si vous avez une cicatrice profonde, c'est une porte"
“ Femmes qui courent avec les loups histoires et mythes de l'archétype de la femme sauvage”, paru en 1992, constitue un miroir de la vie intérieure féminine.
Clarissa Pinkola Estes l'auteur de ce best seller vendu mondialement à des millions d’exemplaires, propose aux femmes de renouer avec leur nature sauvage, leurs instincts. Elle révèle dans ses contes les archétypes dont les femmes peuvent s'inspirer afin d'exprimer au quotidien leur nature sauvage, c'est-à-dire non domestiquée par notre société et ses modèles de pensées à dominantes patriarcales.
Son livre s'adresse à toutes les femmes quelque soit leur culture. Les contes sont en effet un langage universel. Toutes les cultures et les traditions ont un art de conter. Les contes ont traversé les frontières. A titre d’exemple Marian Roalfe Cox a publié en 1893, 345 versions de Cendrillon à travers le monde. C’est dire que les contes appartiennent à notre inconscient collectif. Je me suis alors demandé à la lecture de “Femmes qui courent avec les loups”, comment appliquer la démarche de Clarissa Pinkola Estes au patrimoine des contes traditionnels de l'arc Antillais. C'est tout l'objet de ce livre "Les filles d'Athanase". Mettre en lumière les archétypes féminins qui constituent en partie la matière de nos contes créoles dans les Antilles francophones et anglophones.
La question que je me suis posée est la suivante: comment m'inspirer des contes de Guadeloupe, de Martinique, de Dominique ou de Trinidad pour éveiller et nourrir en moi la Femme Sauvage?
Dans l'introduction de son ouvrage Pinkola Estes souligne que les portes qui ouvrent sur le Soi Sauvage sont précieuses: " Si vous avez une cicatrice profonde, c'est une porte. Une vieille, très vieille histoire, c'est aussi une porte. Si vous aimez le ciel et l'eau d'un amour presque insupportable, c'est une porte. Si vous mourrez d'envie d'une vie plus profonde, plus épanouie, plus saine, c'est une porte".
Avec cette étude du féminin dans les contes créoles, je me propose d'ouvrir une porte à toutes les femmes peu importe les latitudes, et les différences culturelles, une porte vers le Soi Sauvage.
Le corpus de contes sur lequel je m'appuie pour cette traversée du féminin créole est singulièrement riche sur une terre où la mémoire des Hommes conserve encore les stigmates de la traite, de l'esclavage et de la colonisation. L'anthropologue américaine Elsie Clews Parsons a recensé près de 1000 contes en 1924, 1925 et 1927 dans les Antilles. Mémoirs of the Américan Folk-Lore Society Volume XXVI Part I a été publié en 1933. La 2ème partie en 1936. Auparavant en 1918 elle a publié les contes de l'île d'Andros dans les Bahamas.
Les contes créoles ont pour personnages principalement des animaux, Lapin, Zamba, Bouqui. C'est d'ailleurs ces contes qui en majorité constituent l'anthologie par pays. Viennent ensuite les contes merveilleux, les adaptations de contes "classiques" Cendrillon, Peau d'âne, Barbe Bleue, la Belle et la Bête dans leurs variantes créoles. J'ai pu noter cependant des contes qui en l'état de mes recherches semblent appartenir à la sphère culturelle caribéenne (Le Poisson amoureux par exemple). Dans l'ensemble des contes, l'univers décrit est avant tout masculin et cruel. Peu de place pour l'amour. D'ailleurs la figure du Prince Charmant y est rare. La femme est souvent une mère parfois une marchande, une bonne ou une mauvaise fille, et surtout une amoureuse en échec. La raison de son malheur est dans beaucoup de contes son indécision quand au choix du mari. Elle refuse tout les prétendants et pour finir choisi mal, elle choisi le diable. J'ai retrouvé dans les contes africains ce motif de la jeune fille indécise quant au choix de son fiancé et qui le paye cher en épousant qui la rendra malheureuse. Elle n'aura pas écouter la mise en garde suivante: "quand on te donne un mari ne le refuse pas".
Comment se trace le chemin de la quête amoureuse dans un univers de cruauté, de douleurs et de fatalisme? L'amour est-il vaincu, condamné à l'échec quand il n'y a pas de Prince Charmant et de Happy ending? Mon hypothèse dans le droit fil de "Femmes qui courent avec les loups", est qu'au contraire c'est au plus près du feu de l'enfer que le diamant qu'est le coeur peut briller. Du moins j'aime à le croire. Faire le portrait de ces amoureuses bafouées, sacrifiées est mon héritage, je l'embrasse ardemment. Il fait partie de moi. J'ai hérité de cette défiance, de cette force et de cette puissance qui nous transforme parfois , femmes antillaises en diablesses, il en faut bien face aux diables que nous épousons. "Les filles d'Athanase" est un livre qui se veut alchimiste. Chaque analyse aura pour ambition de transmuter la fatalité pour montrer comment construire parfois à force de larmes, une fin libératoire, une fin célébration quand bien même elle serait dans la déchirure de la perte et les affres du deuil. Dans les contes créoles il n'y a pas de happy ending ("il se marièrent et eurent beaucoup d'enfants"). Les fins créoles quand elles sont heureuses se terminent par un repas de noce, et le conteur arrive jusqu'à nous parce qu'il en a été chassé avec un grand coup de pied dans le derrière. C'est déjà bien assez de bonheur sans doute que de pouvoir célébrer autour d'un abondant repas.
"Les filles d'Athanase" se propose d'explorer l'Ombre, les parties de nous mêmes que nous aimerions bien cacher au reste du monde. Le Diable lui même se pare de beauté avant de révéler son vrai visage. C'est une des expériences alchimiques que nous enseignent ces contes, le dépouillement et le courage qu'il faut sans doute pour ne plus cacher son vrai visage.
Le livre pose un constat: le conte créole est cruel envers les femmes, mais à y bien regarder il peut aussi bien receler dans les intrigues qu'ils nous dévoilent le secret de la puissance féminine de la Femme Poto Mitan. Pas de Prince Charmant, la mort, la dévoration, le Diable comme époux... et plus encore. Si une femme peux traverser toutes ces épreuves et y survivre, elle est une inspiration pour toutes celles qui affrontent l'adversité. C'est ce que nous enseigne Athanase à travers l'histoire de ses filles.
Qui est Athanase? Athanase n'est pas seulement un Patriarche d'Alexandrie et de l'Eglise orthodoxe. C'est aussi un prénom, celui de l'héroïne dans une des versions du Poisson amoureux. De mon point de vue la force des femmes réside dans la transmission des leçons de vie. Nous sommes les filles de nos mères. J'ai baptisé du nom d'Athanase la Mère originelle. Ce prénom a pour racine grecque Athanatos qui signifie "Immortel" (Tanatos signifiant la mort). J'imagine qu'Athanase, l'Immortelle, est à mes côtés et me guide. Il arrive que je n'écoute pas ses conseils ou ses mises en garde, ou que je ne retienne pas la leçon qu'elle me murmure pourtant dans tous les contes du monde.
Aucune étude universitaire ne me donne la légitimité pour parler des contes. Mon propos est de partager avec vous les fruits de ma longue fréquentation des contes. J'écris depuis près de 20 ans. Le conte est devenu une passion le 19 janvier 2009, le jour où j'ai écrit mon premier conte. Il avait pour titre “La femme en colère”. Mon ambition alors était d'en écrire un chaque jour. Cette année là j'en ai écris une cinquantaine. J'étais bien loin de mon objectif de 365 contes. Mais encore aujourd’hui j’écris quand j’en ressens le besoin un conte en générale pour explorer une question, dénouer une problématique. Certaines personnes ont comme outil les cartes heuristiques, un thérapeute ou une tablette de chocolat. Mon « truc » c’est le conte. Mon pays c’est le conte. Je vous livre ma connaissance intime, instinctive des contes dans ces pages. Je ferai avant tout état de mes recherches, de mes hypothèses, de mes intuitions. Mon souhait est que ce voyage dans l'univers des contes traditionnels des Antilles vous donne les ressources pour, comme bien des héroïnes, affronter le monde tel qu'il est et vous accepter telles que vous êtes: unique, plurielle, vulnérable et puissante avec vos ombres et vos lumières pour seuls bagages.
La quête amoureuse est pour beaucoup de femmes (moi la première) un désir lancinant qui quand il n'est pas résolu par un mariage ou une romance peut nous ronger jusqu'à la dépression. Ce livre je l'écrit comme un remède à cette maladie qu'est l'addiction à la Romance. Maladie dont souffrent presque toutes les héroïnes de ces contes (Sinon pourquoi épouser le Diable?). J'ai beaucoup lu que le véritable amour on le trouvait en soi. Faites un bout de chemin avec moi que vous ayez ou non besoin de trouver le véritable amour. Au bout de ce voyage vous aurez rencontré une part de vous même. Ouvrez lui les bras, accueillez-la. C'est votre moi enchanteur, votre moi merveilleux, qui ne demande qu'à enchanter votre vie et la remplir de merveilles.


Le 1er livre de cette étude est "le journal de la femme squelette. 81 contes médicaments" que vous pouvez télécharger depuis amazon.
 
© Gilda Gonfier - 9 août 2016
 
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