123 articles - Dernière mise à jour le 3 décembre 2016

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Carnet d'écriture / Contes, nouvelles etc
Le jardin des origines ou la déesse mère en exil  
 
Un monde informe. De la terre glaise. Je vois des dunes. Mes empreintes sont profondes.
Je m'enfonce dans l'argile. Une nuit sans étoiles, deux lunes.

Je vois des dunes. Une cité peut-être, au loin, tapie dans l'horizon.

C'est une cité d'argile.

Je plonge la main dans la terre et j'en fais une boule. Je me suis assise là tout en haut d'une dune, la cité dans le lointain, et j'ai sculpté une sphère.

Je l'ai polie, peut-être une heure, un jour, un mois, un an, un siècle, dix millénaires. Je ne sais pas. J'ai poli tant et si bien que j'ai pu voir à l'intérieur.


Dans cette boule qui tenait dans le creu de ma main, je vois un autre désert, fait de glace celui là.

Je vois des dunes. Elles sont glacées, des dunes de verre. Je vois un désert.

Je secoue la boule pour créer dans ce monde de glace, une tempête d'étoiles.

Une tempête d'étoiles dans ce monde sans lune. Je vois se former des dépressions, des tourbillons.

je vois trembler les étoiles. Je vois les éclairs fondrent sur les dunes, et les briser en milles éclats.

Je secoue encore la boule pour que la tempête soit encore plus violente et que pas une dune ne tendent son ventre rond vers le ciel.

Alors il ne reste plus qu'une étendue de bris de glace. Je vois fondre la glace sous la pluie d'étoiles. Je vois des boules de feu cogner le moindre petit bout de verre, pendant un jour, un mois, un an, un siècle, je vois tomber les pluies de feu.

Le désert de glace est devenu océan. Je ne voulais pas vivre dans mon monde de terre glaise, d'argile informe, que je pouvais modeler à l'infini. J'avais modelé la cité dans la boule, et je voulais y vivre. Je voulais rentrer dans ma boule.

Calmer la fureur du ciel, appaiser les étoiles, y mettre du bleu, pour le jour, du noir scintillant pour la nuit. Je voulais de la terre et de l'herbe qui ferait mon empreinte légère.

Je voulais sentir la chaleur du soleil, entendre la vie grouillante dans les grottes, les forêts, les mangroves.

Alors je suis entrée dans la boule.

J'ai fait avec la terre glaise, l'argile de mon monde deux statuettes à mon image. J'ai soufflé dans leurs narines, un peu du souffle des étoiles. Ils habitent ce nouveau monde fait d'arbres, d'herbes et de nuages, de soleil, de chaleur, d'eau et de montagnes, de désert, d'animaux et de toutes les mers.

Je n'ai pas encore fini de les polir. Ils sont une multitude aujourd'hui. Je mets beaucoup d'ardeur à ma tâche de polissage. Parfois, il arrive qu'il y en ai un qui soit tellement poli que mêmes les autres de leurs yeux encore de glaise arrivent à percevoir sa lumière. Ils les appelent les prophètes, les messies, les sages.

Eux voient mon premier monde, celui dont je rêve moi aussi et que j'ai perdu.

Ils voient, un jardin. Ils racontent le jardin. Exilée sur ma terre d'argile, j'ai rêvé de ce premier monde, ce jardin que j'ai perdu. Les hommes, cette humanité que j'ai créé m'aide à garder le souvenir de ce premier jardin. Sans eux, il serait oublié à jamais.

Je polis et je polis encore, peut-être que dans un jour, un mois, un an, un siècle, ils seront tous si lumineux, que le jardin des origines renaîtra, et moi la déesse mère, la pistis Sophia, je pourrais y retrouver mon père.

Aurais-je son pardon?


 
© Gilda Gonfier - 11 octobre 2007
 
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